Les réductions de financement et les décisions de la direction accélèrent le démantèlement de Radio-Canada

De récents articles dans les médias rapportant la vente prévue de bureaux et studios de Radio-Canada/CBC partout au pays sont troublants puisqu’ils sont précédés par d’autres décisions paralysantes prises par la direction.

En quelques années seulement, la direction de Radio-Canada a coupé des milliers de postes d’employés, éliminé des lignes entières de programmation originale et de production, et procédé à la compression des bulletins de nouvelles locales dans des collectivités à l’échelle du pays.

Les discussions de la vente des espaces de travail et des studios de production à Montréal, Toronto, et autres centres ont surtout pris l’allure de ballons d’essai et d’interprétations positives de décisions qui sont présentées comme étant « ce qu’il y a de mieux » pour la programmation.  Cependant, aucun plan productif d’avenir sérieux n’a été proposé.

Dans les nombreuses collectivités et villes canadiennes où les actifs de Radio-Canada/CBC dont l’équipement ont déjà été vendus, les résultats constatés sont la perte de service au lieu des améliorations déclarées.

Les décisions semblent précipitées, non-transparentes, et reviennent à un démantèlement accéléré de Radio-Canada/CBC. Pourquoi cette précipitation ?

Des générations d’investissements minés

Le Bureau du directeur parlementaire du budget a récemment fait remarquer que Radio-Canada/CBC se trouve obligée de compenser les coupes de son financement public en se dessaisissant de ses biens immobiliers et autres actifs. L’analyse du Bureau du directeur parlementaire du budget constate que « la valeur historique des actifs de la SRC diminue depuis 2008-2009 de pair avec la réduction du soutien financier que lui apporte le gouvernement ».

La SRC cede des actifs - PNG

Malgré l’insistance de la direction qui dit faire ce qui est « mieux » pour Radio-Canada/CBC, ces ventes des actifs sont envisagées dans le contexte de compressions continues par le gouvernement.

Le problème est qu’à l’heure actuelle, même si le financement public de Radio-Canada/CBC était gelé, ces mesures ne seraient que partie remise, car un gel signifie qu’avec le temps, le financement continuerait de décliner en raison de l’inflation. Il faut rétablir un financement public solide.

Remède temporaire

Comme le constate également le Bureau du directeur parlementaire du budget, ce genre de mesures constitue un remède temporaire : « Le gouvernement fixe en début d’exercice les crédits dont la SRC peut se servir selon les besoins. Le produit des ventes d’actifs lui permet de différer partiellement en cours d’exercice son recours à ces crédits ».

Autrement dit, on ne peut vendre un actif qu’une seule fois,  et une fois le produit de la vente dépensé, c’est le retour à la case départ.

Il n’y a donc pas de preuve tangible indiquant que ces décisions permettront de réaliser des économies à long terme, ou qu’elles apporteraient une différence positive pour Radio-Canada/CBC.

À moins bien sûr que l’objectif réel ne soit de procéder au démantèlement progressif et définit de Radio-Canada/CBC en vendant ses actifs pour l’aligner sur des ambitions de plus en plus bornées et sur une empreinte de plus en plus réduite pour le diffuseur public.

Il a fallu de la vision et des générations pour bâtir Radio-Canada/CBC et en faire un des diffuseurs publics les plus importants au monde, et tout cela est maintenant en train d’être défait par des années de négligence.

Lorsque l’immeuble de CBC à Toronto a été ouvert au début des années 1990, c’était dans le but spécifique de servir de point d’ancrage à un centre de culture au coeur de la ville. De quelle manière cette considération est-elle prise en compte par la direction actuelle de Radio-Canada/CBC ? On n’en fait aucune mention.

Les changements en cours sont extrêmement dangereux, et une fois mis en œuvre dans leur ensemble ils rendront encore plus difficile la reconstruction de Radio-Canada/CBC.

Vision

Si le gouvernement fédéral et la direction de Radio-Canada voulaient garantir que Radio-Canada/CBC soit couronné de  succès et bâtisse pour 75 autres années et au-delà, procéderaient-ils comme ils font aujourd’hui ?

Au bout du compte, c’est bien plus qu’une question d’argent. C’est une question de vision.

Des employés dévoués de Radio-Canada/CBC ont continué de fournir la meilleure programmation possible dans un climat d’incroyables contraintes et contre de graves obstacles, mais les Canadiens doivent savoir que notre diffuseur public national est en train d’être défait délibérément – Ils doivent exiger que ce démantèlement arrête.